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FUNDACIÓNANDREU NIN |
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Texto completo de la ponencia presentada por
el autor en el Colloque Victor Serge, 29-30 septembre 2001, celebrado en
Moscú.
« … dans la nuit, on devine l'annonce d'un matin si radieux
et si riche de promesses qu'il nous est impossible de le concevoir… Ne
nous laissons pas décourager. » (Victor Serge)*
Le passage de la Russie à une relative démocratisation, s’appuyant sur un secteur capitaliste privé, pose trois sortes de question : comment le « totalitarisme » dit « soviétique » a-t-il pu s’installer et perdurer, pour finalement imploser; comment le passage d’un capitalisme d’État, que d’aucuns nommaient « économie planifiée collectiviste », à un secteur capitaliste privé a-t-il pu se faire avec autant de facilité ; mais aussi comment une alternative socialiste existe en ce XXIe siècle (1), répondant aux besoins d’un nouveau mouvement social autonome, dont la finalité est l’homme libéré de ses chaînes, économiques et politiques.
Le témoignage de Victor Serge nous est infiniment précieux pour aborder ces questions cruciales pour le nouveau mouvement social, après la disparition du stalinisme. Victor Serge a en effet légué aux nouvelles générations un témoignage précieux. Ses ouvrages, aussi bien politiques que littéraires, outre leur talent propre, sont une mine pour appréhender la genèse, le fonctionnement du totalitarisme en Russie, et de son infrastructure économique, pendant près de 70 années.
I. La définition du totalitarisme et du capitalisme d’État
A partir des années 30, Serge utilisera de nombreuses fois le terme de « totalitaire » dans ses écrits.
L’origine du terme se trouve en fait chez les antifascistes italiens, mais l’expression en est reprise par les fascistes. Mussolini en 1925 revendiquait la « féroce volonté totalitaire » de son régime. Le totalitarisme, c’était avant tout l’absorption complète de la société civile par l’État, que bien entendu, les fascistes ne définissaient pas comme un État capitaliste. Selon le même Mussolini : « Tout est dans l’État, rien en dehors de l’État, rien contre l’État » (2). La venue au pouvoir de Hitler, qui instaura un totalitarisme de caractère raciste, où l’État est la transposition de la volonté du Chef (Führer) introduisit durablement la notion de totalitarisme dans la littérature antifasciste.
a. Le terme de totalitarisme pour caractériser l’État soviétique formé en 1918 apparaît de façon précoce chez Serge, au moment où triomphe le stalinisme. Dans une lettre qu’il envoie de Moscou le premier février 1933 à ses amis français, Serge affirmait que cet État est « un État totalitaire, castocratique, absolu, grisé de puissance, pour lequel l’homme ne compte pas » (3). Serge se définissait alors comme partie de l’Opposition de gauche, dont il partageait pour l’essentiel des positions. Trotsky, qui caractérisait l’Etat soviétique comme étant un « État ouvrier dégénéré », est amené à définir cet État, en septembre 1939, comme un « État totalitaire », mais qui – selon lui – « est incapable de se perpétuer » (4).
C’est à l’occasion de la guerre que le concept de totalitarisme va s’imposer. En pleine guerre, l’ancien communiste autrichien Franz Borkenau publiait un livre intitulé The totalitarian enemy où la Russie était assimilée à un « fascisme rouge » et l’Allemagne nazie à un « bolchevisme brun » (5). C’est la même idée qui apparaissait formulée chez le communiste des conseils Otto Rühle, qui avec Karl Liebknecht avait voté au Reichstag en 1915 contre les crédits de guerre à l’Allemagne en guerre. Rühle, dans un ouvrage au titre suggestif : Fascisme brun, fascisme rouge, affirmait que le totalitarisme n’était rien d’autre qu’une tendance universelle au capitalisme d’État, qui s’était manifestée en particulier en Russie et en Allemagne. Pour lui, il y avait une « concordance interne des tendances vers le capitalisme d'Etat » dans ces deux pays, « une identité structurelle, organisationnelle, tactique et dynamique, dont le résultat fut le pacte politique et l'unité d’action militaire ». (6) Cette idée avait d’ailleurs été développée dans la Gauche communiste russe, déportée et emprisonnée. Ainsi le jeune déciste (groupe du « centralisme démocratique » de Sapronov) Volodia Smirnov, au début des années trente en arrivait à affirmer que « le communisme est un fascisme extrémiste, le fascisme un communisme modéré », soutenant que le monde se dirigeait vers une nouvelle forme sociale : le capitalisme d’État (7).
b. La possibilité du capitalisme d’État avait été très tôt envisagée en Russie, en premier par Ossinskij, en 1918 (8). Il affirmait que : « Le socialisme et l’organisation socialiste doivent être construits par le prolétariat lui-même, ou alors il n’y aura aucune édification ; une toute autre chose surgira : le capitalisme d’État. »
Ce sont en fait les anarchistes et les communistes de gauche (qu’on peut déjà qualifier de communistes des conseils) qui les premiers définirent la Russie comme un État capitaliste où l’État dirigeait organiquement comme un corps collectif l’ensemble de la vie économique.
Dans un écrit paru en 1921, La faillite du communisme d’État russe (9), le « leader » anarcho-syndicaliste allemand Rudolf Rocker concluait sa brochure par un appel « au socialisme, et non le capitalisme d’État » (10). Simultanément, les communistes de gauche allemands et hollandais (KAPD, Gorter et Pannekoek) proclamaient en 1921 que « la Russie soviétique prolétarienne de l’Octobre rouge commence à se transformer en État bourgeois » (11). Et l’anarchiste russe Piotr Archinov notait en 1927, dans le même sens : « Il n’y a aucun doute que la ‘mission historique’ du parti bolchevik se vide de tout sens et qu’il tentera d’amener la Révolution russe à son objectif final : le capital d’État… » (12).
Curieusement, pour d’autres communistes de gauche, qui se réclamaient de Lénine et de Bordiga, comme le groupe de la gauche communiste italienne en exil, regroupé autour de la revue Bilan, la Russie restait un « État ouvrier » mais avec une base économique collectiviste. L’État russe, sans être capitaliste, était en fait un instrument de la bourgeoisie internationale, par son intégration au marché mondial (13).
Toutes ces positions, qu’elles envisageassent le totalitarisme ou le capitalisme d’État, cherchaient le « secret » de l’évolution de la Russie sous Lénine et Staline dans un cadre théorique explicatif. Victor Serge – mais aussi Ante Ciliga (14) – au même moment essayaient surtout de comprendre de l’intérieur cette évolution, en s’appuyant sur leur propre expérience vécue du stalinisme. Les autres positions tentaient de saisir le secret de l’énigme russe (Ciliga) de l’extérieur en replaçant l’histoire de la Russie dans un cadre international, où se manifestait une tendance au capitalisme d’État (15).
II. Serge et la question du « totalitarisme »
La conception propre de Serge sur le « totalitarisme », est le fruit de son évolution politique, de l’anarchisme à une sorte de « léninisme libertaire ». Selon Serge, comme il l’explicite dans ses Mémoires, il ne s’est jamais départi d’une vision du monde libertaire, à l’opposé d’une vision jacobine de la révolution. Dans le camp de concentration français de Précigné (dans le département de la Sarthe), où il était interné depuis le premier avril 1918, Serge songeait non à une dictature, supprimant la liberté de presse et d’opinion, comme le préconisait le bolchevik Krauterkrafft, mais à « une révolution libertaire, démocratique – moins l’hypocrisie et la veulerie des démocraties bourgeoises –, égalitaire, tolérante pour les idées et les hommes, qui userait de la terreur s’il le fallait, mais abolirait la peine de mort. D'un point de vue théorique, nous posions très mal ces problèmes, le bolchevik les posait certainement mieux que nous ; du point de vue humain, nous étions dans la vérité infiniment plus que lui. Nous voyions dans le pouvoir des soviets la réalisation de nos aspirations ; lui aussi. » (16)
Vision revue a posteriori presque trente ans après ? Certainement pas : il y a une continuité libertaire chez Serge, même dans la période « bolchevique ». Il se met vite, dès février-mars 1919, au service du soviet de Petrograd, et surtout du Komintern nouvellement fondé, où il joue un rôle très important, au niveau de l’édition et de la traduction des textes du russe en français. Il adhère au parti bolchevik, mais son soutien est critique, « sans abdication de pensée ni de sens critique ». (17) Il est considéré alors comme un anarchiste « sovietskij » (soviétique). La création des tchékas, « un État dans l’État », glace le sang de Serge qui passe beaucoup de temps à tenter de faire échapper des innocents à l’emprisonnement ou la fusillade dans des caves (18). Avant Kronstadt, Serge dénonce la répression dont sont victimes les anarchistes russes en 1920 ; les articles qu’il écrit à ce sujet seront publiés seulement dans la presse libertaire française. Il proclame nettement son hostilité à toute autorité dictatoriale : « Antiautoritaire, je le suis aussi autant que toujours, irréductiblement ». (19).
Lorsqu’éclata l’insurrection des marins de Kronstadt, qui se conjuguait avec les grèves ouvrières de Petrograd, Serge servit de « médiateur » russe entre le gouvernement et les insurgés, et fut le seul à ne pas être arrêté, surtout de par sa qualité de militant ouvrier français. Serge semble surtout avoir hésité, en proie au doute. Il considérait que si la « dictature bolchevik tombait, c’était à brève échéance le chaos, à travers le chaos la poussée paysanne, le massacre des communistes, le retour des émigrés, et finalement une autre dictature antiprolétarienne par la force des choses » (20). Pour lui les soulèvements paysans, dont celui de Tambov, constituaient des « Vendées ». Selon Serge, il s’agissait déjà d’un Thermidor, d’ailleurs préconisé par Lénine qui aurait affirmé : « Nous ferons Thermidor nous-mêmes. » (21). Serge souligne l’internationalisme des Kronstadiens et raconte que les marins prisonniers se laissaient fusiller aux cris de « vive la révolution mondiale » (22).
Si Kronstadt creusait « un infranchissable fossé entre les marxistes et les libertaires » (23), Serge continua à jouer un rôle au troisième congrès du Komintern. Envoyé en Allemagne en 1923, il fut témoin – comme rédacteur de l’Inprekorr – de l’échec de l’insurrection planifiée pour octobre. Présent à Vienne, où il fut en contact avec Gramsci et Lukacs, il s’enthousiasma pour l’idée d’une Fédération des Balkans, à l’organe duquel il collabora. Il défendit les positions de l’Opposition de gauche, lors des événements révolutionnaires de Chine en 1927 (24).
Dans l’Opposition trotskyste, Serge fut exclu du parti bolchevik au début de 1928. Ce fut alors l’arrestation la même année, puis la déportation de mars 33 à avril 36, date à laquelle il put sortir miraculeusement du « pays du grand mensonge », suite à une intense campagne internationale.
C’est à la suite de sa rupture avec Trotsky en 1937-1938 sur la question de Kronstadt, et en raison de son adhésion au POUM espagnol, que Serge prend une orientation qui le conduit à une vision du système totalitaire, comme phénomène historique nouveau.
Il est remarquable que cette vision se développe pendant la guerre, et en contact avec un ancien dirigeant du POUM comme Julian Gorkin, au Mexique. Elle prend même un tour philosophique personnaliste, où s’exerce l’influence d’Emmanuel Mounier (25), voire celle de la psychologie sociale avec Erich Fromm (26).
On peut utiliser la définition du totalitarisme donnée
par les politologues américains Friedrich et Brzezinski : «
domination d’un parti de masse dirigé par un leader charismatique,
une idéologie officielle, le monopole des moyens de communication
de masse, le monopole des moyens de combat armé, un contrôle
policier terroriste, un contrôle centralisé de l’économie
» (27).
Pour Serge, qui revient sur le phénomène en 1945, le
totalitarisme s’est cristallisé entre 1927 et 1930. Il le définit
de façon négative :
- un État dirigé par la police secrète et reposant
sur les camps de concentration, formés de condamnés et déportés
sans jugement;
- un régime de parti unique ;
- l’absence des « libertés démocratiques élémentaires
» : presse, opinion ; l’absence d’élections libres et de tout
vote secret
( 28)
Cependant, il va de soi qu’une telle analyse phénoménologique, qui s’est surtout développée au début de la de la guerre froide, restait très limitée, et ne permettait guère de s’interroger sur la véritable nature du régime, c’est-à-dire finalement sa finalité. Comme le montrent Vadim V. Dam’e et Ja. S. Drabkin, on peut nourrir des doutes sur la pertinence du concept utilisé si facilement, et par Serge lui-même. Celui-ci de façon indécise fait tantôt remonter le totalitarisme à Staline, tantôt à la création des tchékas sous Lénine, avant que le parti bolchevik ne soit stalinisé.
On peut alors légitimement s’interroger si le problème du totalitarisme ne devrait pas être appréhendé, autant dans sa dimension politique (la superstructure idéologique) que dans sa dimension économique (l’infrastructure matérielle) et sa finalité propre. C’est cet enjeu que soulignent bien aujourd’hui, en Russie, Dam’e et Drabkin : « Dans les années 1920, le parti dirigeant se trouva devant un choix historique : renoncer au pouvoir et renvoyer la modernisation industrielle jusqu’à des temps meilleurs ou bien essayer de la mettre en oeuvre avec des méthodes violentes… La modernisation de rattrapage sui generis fut financée par le pillage des campagnes, un niveau très bas de rémunération du travail dans les villes (entre 1928 et 1940), la capacité d’achat du salaire fut divisée presque par trois, tandis que la productivité du travail augmentait plus que de trois fois), l’exportation de matières premières et de céréales, l’augmentation des impôts, l’émission monétaire massive, les « emprunts d’État » obligatoires et la croissance de la vente d’alcool. (…) Tout cela permit de mettre en œuvre en trente ans, une expropriation massive des campagnes et des villes, de prolétariser la majorité de la population et de créer une structure sui generis de société industrielle sans capital privé et bourgeoise, qui était appelée de ce fait ‘socialiste’. » (29).
III. Économie planifiée et capitalisme d’État
Tout à fait modestement, mais avec un immense talent littéraire, Serge s’est surtout efforcé de donner des éléments de réflexion, des faits précis, d’autant plus parlants que les « faits sont têtus », pour reprendre une expression de Lénine.
L’ouvrage de Serge, Destin d’une révolution URSS 1917-1937 (30) apporte quelques éléments capitaux, qui alimentent sa conception d’un « collectivisme totalitaire » sur le plan économique. Comme Trotsky (31), il ne nourrit pas de doute qu’une économie socialiste est en train de surgir qui – selon lui – prend une dimension révolutionnaire : il salue « l’œuvre titanique accomplie entre 1917 et 1923-1927 » qui « atteste puissamment la capacité révolutionnaire des travailleurs et la vitalité du socialisme (32). Selon lui, la collectivisation totale est une conquête, celle de la socialisation des moyens de production : il en oppose la « puissance extraordinaire » au capitalisme classique qui se débat dans la crise ( 33). Elle constitue même « l'ébauche vigoureuse d’une transformation de l'homme », accomplie par un État qui est « le plus viril qui soit à ce moment » (34). Pour lui cette collectivisation-« socialisation » était une réalité « socialiste » à tel point que – même dans ses Mémoires écrits pendant la guerre - il pensait qu’une « restauration capitaliste » ne « semblait pas prévisible » en Russie (35).
Serge n’avait guère une formation d’économiste et de théoricien lui permettant d’aborder ces phénomènes nouveaux. Par sa formation, il n’était pas vraiment marxiste, et semble n’avoir appréhendé du marxisme que les théories bocheviques de Lénine, et de Trotsky, qu’il traduisit en français. Il semble même ignorer certains écrits, tels ceux d’Engels parlant de la concentration monopoliste dans l’État, au point qu’il devient « le capitaliste collectif idéal » (36). Jusqu’à sa mort, Serge montre une méconnaissance des théories des communistes de gauche sur le capitalisme d’État. Il n’a pratiquement pas de contact, dans sa déportation, avec les éléments de la gauche russe qui analysent le système comme capitaliste d’État. Se rangeant - comme il l’écrit - dans le camp des « révisionnistes », qui pensent que tout est à revoir, il semble s’opposer aux « doctrinaires », aux « tenants de la théorie selon laquelle l'URSS réalisait le capitalisme d'Etat » (37).
De même, dans aucun de ses écrits, il n’est fait mention
des conceptions des libertaires russes - qu’il connaissait bien pourtant
- et autres sur le capitalisme d’Etat qu’ils avaient développées
pratiquement au même moment que les « ultragauches ».
La seule référence économique que semble avoir
eue Serge est celle de son ami Lucien Laurat, qui dans le sillage du planisme
du Belge Henri de Man, préconisait une « véritable
économie dirigée », qu’il opposait à «
l’économie mixte » soviétique, moins rentable que le
secteur capitaliste classique (38).
Néanmoins, dans ses écrits, Serge donne – par les données économiques qu’il fournit – des éléments d’une interprétation possible de l’économie soviétique comme étant une forme de capitalisme d’État.
Serge donne d’abord des données extrêmement importantes sur les collectivisations, où les ouvriers doivent produire moins et consommer même pas le minimum compatible avec la reproduction physiologique de leur force de travail. Les salaires, forme du capital variable – « là où il y a salariat, il y a capital », et là où il y a prolétariat, il y a capital, notait Marx (39) – sont en forte diminution par rapport à ceux de 1914 (40).
Son observation sur les camps et ateliers de travail forcé demeure parcellaire, mais il note cependant le phénomène. Il note aussi la législation antiouvrière, qui punit de mort en 1932 le vol sur la propriété d’État. Il note aussi la peine capitale contre les enfants en 1935. Toutes ces pratiques étaient d’ailleurs en usage dans l’Angleterre précapitaliste. Faut-il rappeler qu’aux débuts de l’Angleterre victorienne, on enfermait encore les ouvriers dans des workhouses et que les tribunaux condamnaient à la pendaison des enfants pour vol à l’étalage d’un bout de pain?
Dans le cours de son ouvrage, Serge suggère que le stalinisme correspondait en fait à une accumulation primitive du capital : « Comment ne pas se rappeler (…) les pages du Capital où Marx décrit le mécanisme impitoyable de l'accumulation socialiste primitive. On serait tenté de parler d’une accumulation socialiste primitive aussi cruelle que l’autre, aussi antisocialiste par ses méthodes et par le traitement infligé à l'homme. Mais nous sommes encore loin de conclure. » (41)
On remarquera le curieux lapsus de Serge où l’accumulation capitaliste analysée par Marx dans son livre le Capital devient « socialiste ».
Un point extrêmement intéressant chez Serge est son observation de la naissance d’une véritable économie de guerre, sans qu’il la rattache d’ailleurs à une théorie précise. (42).
Pendant la guerre, Serge laisse ouvert le cadre théorique qui permet d’expliquer le phénomène du « collectivisme totalitaire ». En 1944, dans un travail non publié, Économie dirigée et démocratie (43), Serge décèle des similitudes entre l’économie dirigée nazie et la collectivisation stalinienne, qui se font à « l’intérieur d'un cadre national … qui est autarcique » (44) Toujours dans le long manuscrit Économie dirigée et démocratie il envisage – comme l’avait déjà fait Otto Rühle – la possibilité d’une tendance générale au capitalisme d’État, par le jeu des nationalisations et étatisations, qui « serait capable pour toute une période de répondre aux besoins de la reconstruction » (45), mais qui n’avait rien à voir avec la réelle socialisation des moyens de production.
Enfin, peu avant sa mort, Serge semblait affirmer que le « collectivisme bureaucratique » totalitaire de type russe débouchait en fait sur une forme nouvelle d’impérialisme (46), qu’il saisit sous un aspect purement politique d’intégration dans la sphère d’influence russo-soviétique.
On cherchera en vain chez Serge une analyse de la nature de classe de la bureaucratie à la tête de ce qu’il définit comme étant un « totalitarisme collectiviste ». C’est seulement en 1941, sous l’influence de James Burnham, un dissident trotskyste qui allait développer la théorie de la « révolution des organisateurs » (47), que Serge définit la bureaucratie comme une couche sociale de managers qui « tendra à se cristalliser en classe et à monopoliser le pouvoir » (48). S’agissait-il d’une « nouvelle classe », comme l’affirmait Bruno Rizzi en 1939 (49) ou d’une forme bureaucratique de bourgeoisie s’expliquant par le sous-développement et la pénurie en capital, tentant d’accélérer par des moyens barbares le cours de l’histoire (50), pour sortir du sous-développement ? Là dessus, Serge ne pouvait répondre et la mort l’en empêcha.
IV. Une philosophie de l’être collectif de l’homme
Victor Serge, dans sa conception de la révolution socialiste, ne s’est jamais posé en individualiste, mais plutôt en « collectiviste ». Mais ce collectivisme n’avait rien à voir avec une conception dictatoriale de la révolution : il ne reposait pas sur la dissolution de l’individu dans la matière d’un collectif abstrait. Pour Serge, il s’agissait de redécouvrir la personnalité de l’homme. Plus que par le socialisme classique, partant « d’une conception trop simpliste de l’homme », en ignorant la psychologie en profondeur (51), Serge semble avoir eu le besoin vital de se pénétrer des nouvelles conceptions philosophiques de la psychologie (Erich Fromm, Karl Mannheim, Bruno Bettelheim) et du personnalisme. Il écrit ainsi dans ses Mémoires : « Je ne me sens nullement individualiste ; plutôt ‘personnaliste’ en ce sens que la personne humaine m’apparaît comme une très haute valeur, mais intégrée à la société et à l’histoire ». (52) Serge parle dans son texte « Psychologie et socialisme » de la « dignité de l’homme » (53).
Le socialisme n’est pas la mort de l’humanisme, comme l’avaient proclamé certains (ainsi le philosophe français Althusser), mais son vrai début. C’est donc à une philosophie humaniste qu’aboutit Serge, classique certes mais qui s’était perdue dans la perversion totalitaire du socialisme :
« Défense de l’homme. Respect de l’homme. Il faut lui rendre
des droits, une sécurité, une valeur. Sans cela pas de socialisme…
« Défense de la vérité.
« Défense de la pensée… Ce n’est pas contre
la liberté de penser, contre l’homme que le socialisme peut triompher,
mais au contraire par la liberté de penser, en améliorant
la condition de l’homme » (54)
Ces principes défendus par Serge ne sont pas de simples affirmations humanistes, elles ont bien évidemment des implications concrètes dans toute révolution socialiste où l’homme n’est pas un simple instrument enjeu de pouvoir mais la finalité même de cette révolution :
- la non-utilisation de la terreur et d’une quelconque inquisition,
qui comme le rappelle Serge, correspondent à des sentiments de peur,
à l’ivresse du pouvoir, à la rancœur et à la méfiance
dans les masses révolutionnaires ; (55)
- l’abolition radicale de la peine de mort, même contre les ennemis
qui la pratiquent, pour ne pas entrer dans une spirale de terreur et de
contre-terreur, qui justifient toute dictature, et donc toute abolition
des libertés les plus élémentaires ;
- la liberté de penser librement. Rosa Luxemburg l’appelait
la « liberté de penser autrement » (56), ce qui implique
le rejet catégorique de toute idée de parti unique et donc
de pensée unique;
- l’homme n’est pas un simple instrument économique, servant
à obtenir des chiffres de production, mais un être politique
qui construit son avenir en toute conscience.
- « la formation d’assemblées réellement élues
sur la base de la liberté d’opinion », c’est-à-dire
en fait de conseils de travailleurs non manipulés ;
- l’existence non d’un arbitraire mais d’une véritable légalité
du socialisme, qui ferme la voie à tout despotisme. (57)
Pour Serge, toutes ces mesures correspondent à la véritable philosophie de la démocratie socialiste qui ne peut exister sans libertés démocratiques. La démocratie tant vilipendée par les théoriciens jacobins de la « dictature du prolétariat » n’est pas une arme aux mains de l’adversaire, mais découle de l’existence d’une société composée de personnes.
La chose la plus importante pour Serge pour une réévaluation du socialisme reste celle de la "pensée autonome". (58) Elle suppose, et c'est là que l'on retrouve le Serge libertaire, un affranchissement de tout chef, de tout maître, qui enlève au militant et à l'exploité toute responsabilité, toute initiative et tout doute libérateur des certitudes idéologiques figées. Sur ce point, Serge se situe aussi dans la tradition marxiste, celle de Rosa Luxemburg, qui affirmait que le véritable sens du mouvement socialiste était « l'abolition des 'dirigeants' et de la masse 'dirigée' au sens bourgeois » (59)
Serge restait prudent ; il n’ignore pas qu’il existe des germes d’irrationalité - qui se sont concrétisés dans le totalitarisme - que la propagande peut utiliser pour freiner voire détruire toute rationalité dans la conscience des exploités. Serge notait l’échec du socialisme classique, faisant appel à un « prolétariat toujours conscient ». Il notait avec sympathie la pensée socialiste de Rosa Luxemburg à Herman Gorter qui nourrissaient des espérances sur la « spontanéité des masses », mais exceptionnelle, et demandant une éducation des masses. Il soulignait au contraire la malléabilité de l’intelligence et des sentiments des masses qui pouvaient aller dans un sens opposé à leurs intérêts, au prix d’une régression de leur conscience. (60)
Serge évitait de parler d’une « construction » du
socialisme, car celui-ci n’est pas réductible à de simples
plans économiques, à des chiffres abstraits. Il s’agit toujours
de savoir qui est derrière ces plans, au profit de qui et dans quels
buts ils sont réalisés, ceux de l’humanité ou d’une
barbarie qui ne dit pas son nom : « Planification par qui ? pour
qui ? dans quel but ? » (61).
Serge, à la fin de sa vie, évite l'expression "dictature
du prolétariat", dont l'usage inconsidéré cachait
la pire dictature, précisément sur le prolétariat.
Il préfère parler de l'homme, dont le prolétariat
est le noyau de sa transformation. Est-ce à dire, comme on l'a parfois
reproché à Serge, qu'il cédait à la tentation
d'un pur humanisme philosophique, celui de l'homme abstrait? Et que désormais,
il pensait que cet humanisme devait être une philosophie des «
droits de l'homme » s'opposant au « totalitarisme »,
comme ce fut le cas depuis la guerre froide?
Il est nécessaire de faire une lecture moderne de Victor Serge sur ces points précis. Pour Serge, le problème de l'émancipation et de la libération de tous les jougs, économique et politique, n'est plus celui du seul prolétariat, dans l'acception classique du prolétariat d'industrie, qui reste minoritaire, mais celle de l'immense majorité, que Serge appelle parfois les humbles. Les "droits de l'homme" chez Serge ne sont jamais une coquille juridique formelle, recouvrant des droits démocratiques abstraits. L'humanisme de Serge est révolutionnaire, non libéral, comme cela a été déjà souligné (62). L’« humanisme libéral » procède en effet de l'expansion du libre-échange, simple reconnaissance du droit de survie dans une économie mondiale totalitaire (« mondialisation »), opposée à l’existence même de l’homme (63). Il s'agit chez Serge d'une question globale, celle de l'homme morcelé qui doit trouver son unité par un projet économique et politique libérateur, celle de l'unité d’un monde réellement humanisé.
Conclusion
Tout au long de sa vie, de son engagement politique à son activité
d'écrivain, Serge est demeuré un révolutionnaire.
Victor Serge n'était pas un théoricien, mais un témoin
de son temps. Sa vision du totalitarisme et du système économique
régnant dans l'ancienne Union soviétique était tâtonnante,
et ne pouvait fournir que des jalons pour une réflexion approfondie.
La mort a interrompu la réflexion qu’il avait débutée
sur la nature et le fonctionnement du système russe.
En fait, Serge a opéré une œuvre de déconstruction - pour reprendre ce concept utilisé par le philosophe Derrida - de toutes les certitudes, de toute trace d'idéologisation de la réalité sociale. Marxiste et libertaire à la fois, Serge n'a jamais voulu se figer dans des cadres théoriques rigides, ce qui lui a conféré toute la liberté d’une pensée ouverte.
Sa réflexion humaniste rappelle que l’homme ne se nourrit pas seulement de pain, et encore moins de chiffres de statistiques de plan. Chez Serge il y a l’idée qu’à travers les luttes des ouvriers, des « humbles », des exploités, c’est l’homme qui est au centre de tout réel projet social de transformation du monde existant.
Cette philosophie de l'homme, qui repose sur une exigence éthique d'auto-émancipation de l'humanité toute entière (64), n'est pas une philosophie de l'individu. La philosophie de Serge n'est pas plus un antitotalitarisme libéral (celui de la « mondialisation »), cachant une économie totalitaire destructive, mais un « collectivisme » émancipateur. La socialisation, le « collectivisme » n’est pas une totalité abstraite créant un être schizophrénique, comme dans le totalitarisme ; elle s’inscrit dans l’espoir toujours ouvert de la formation d'un être collectif mondial.
Notes
* Lettre de Victor Serge (juin 1940) à Jean-Paul Samson, in Jean-Paul
Samson, Journal de l’an quarante, Témoins, s.l., printemps
1967, p. 124.
1. Eric Hobsbawm, Le court vingtième siècle, Laffont,
Paris, 2000.
2. Mussolini, Opera omnia, XXI ; La Fenice, Florence, 1967.Cité
par Enzo Traverso, Le Totalitarisme, Le XXe siècle en débat,
Le Seuil, Paris, 2001. Recueil de textes choisis et présentés
par E. Traverso.
3. Lettre de Serge à des amis, sous le titre « Victor
Serge est déporté », in Masses n° 8, p.
17, juillet-août 1933.
4. Trotski, « L’URSS dans la guerre », 25 septembre 1939,
in Trotsky, Défense du marxisme. URSS, marxisme et bureaucratie,
p. 115, EDI, Paris, 1972 (Préface de Pierre Naville, introduction
de Jean-Jacques Marie.)
5. Franz Borkenau, The totalitarian enemy, Faber & Faber,
London, 1940. L’expression de « fascisme rouge » n’était
pas cependant nouvelle, et avait été utilisée en premier
par l’anarchiste italien Luigi Fabbri, dans son livre La conto-rivoluzione
preventiva, Cappelli, Bologne, 1922.
6. Otto Rühle, Fascisme brun, fascisme rouge, Spartacus,
Paris, oct.-nov. 1975, p. 6. (Suivi d’un texte de Paul Mattick, «
Otto Rühle et le mouvement ouvrier allemand ».) La thèse
sur la tendance universelle au capitalisme d’État avait déjà
été défendue par Rühle, dans le livre publié
sous le pseudonyme de Carl Steuermann, La crise mondiale ou vers le
capitalisme d’État, NRF, Paris, 1932.
7. Ante Ciliga, Dix ans au pays du mensonge déconcertant,
Éditions Champ libre, Paris, 1977, p. 265-266. Sur l’itinéraire
de Ciliga, cf. Ph. Bourrinet, Ante Ciliga 1898-1992, Nazionalismo e
comunismo in Jugoslavia, Graphos, « Storia », Gênes,
1996.
8. N. Osinskij, « O stroitel’stve sotsialisma », in revue
Kommunist,
organ moskovskogo oblastnogo Bjuro RKP (bol’shevikov), n° 1, 20 avril
1918, et n° 2, 27 avril 1918. Traduction allemande, in Arbeiterdemokratie
oder Parteidiktatur, Band I, dtv, München, 1972 : N. Osinskij,
« Über den Aufbau des Sozialismus », p. 111.
9. Rudolf Rocker, Les soviets trahis par les bolcheviks (La faillite
du communisme d’État), Spartacus, Paris, mai-juin 1973.
10. Idem, p. 92.
11. Brochure du Parti communiste ouvrier d’Allemagne (KAPD), Die Sowjetregierung
und die 3. Internationale im Schlepptau der internationalen Bourgeoisie
!, Berlin, Verlag KAPD, 1921. Nombreuses citations de la brochure et de
ce courant in Ph. Bourrinet, La gauche communiste germano-hollandaise des
origines à 1968, éditions left-dis, Zoetermeer (Pays-Bas),
1999.
12. Piotr Archinov, « Dva oktiabriya », in Delo truda,
n° 29, octobre 1927, trad. En français in Les anarchistes
russes et les soviets, Spartacus, février-mars 1973, p. 194-195.
13. Cf. Riccardo Tacchinardi et Arturo Peregalli, L’URSS e
i teorici del capitalismo di stato, Piero Lacaita Editore, Manduria-Bari-Roma,
1990, et Ph. Bourrinet, Le courant ‘bordiguiste’ 1919-1999, Italie,
France, Belgique, ed. left-dis, Zoetermeer (Pays-Bas), 2000.
14. Boris Souvarine (sous couvert du nom de l’écrivain Panaït
Istrati), Vers l’autre flamme, la Russie nue, Les éditions
Rieder, Paris, 1929.
15. Une étude synthétique et un recensement quasiment
exhaustif des les différentes conceptions du mode de production
régnant en Russie sous Lénine, Staline, et après 1953
se trouvent dans l’important livre de Marcel Van der Linden, Von der
Oktoberrevolution zur Perestroika, der westliche Marxismus und die Sowjetunion,
dipa-Verlag, Frankfurt am Main, 1992.
16. Mémoires d’un révolutionnaire 1901-1941, Paris,
Le Seuil, 1951, p. 73.
17. Idem, p. 86.
18. Idem, p. 92.
19. Articles dans Le Libertaire, « Lettres de Russie »,
7 nov. 1920, et Le Soviet, des 15 janvier et premier mai 1921. Sur
sa vision de l’anarchisme en 1920-21, voir sa brochure, Les anarchistes
et l’expérience de la révolution russe, Ed. de la Bibliothèque
du Travail, Paris, 1921, où il essaye de montrer qu’il y a peu de
points de réelle opposition entre bolcheviks et anarchistes. Une
étude sur les rapports de Serge avec l’anarchisme : Luc Nemeth,
« Victor Serge et les anarchistes », in Victor Serge, vie
et œuvre d’un révolutionnaire. Actes du colloque organisé
par l’Institut de sociologie de l’Université Libre de Bruxelles
21-22-23 mars 1991, revue Socialisme, nos 226-227, juillet-octobre
1991, Bruxelles, p. 282-291.
20. Mémoires, p. 143.
21. Mémoires, p. 144. Sur le poids de la révolution
bourgeoise de 1789 dans l’imaginaire idéologique des bolcheviks,
cf. Tamara Kondratieva, Bolcheviks et Jacobins, itinéraires des
analogies, Payot, Paris, 1989. A compléter par le livre de Claudio
Sergio Ingerflom, Le citoyen impossible. Les racines russes du léninisme,
Payot, Paris, 1988.
22. Mémoires, p. 145.
23. Mémoires, p. 169.
24. Victor Serge, La révolution chinoise 1927-1929, Savelli,
Paris, 1977 (introduction de Pierre Naville).
25. « Correspondance entre Victor Serge et Emmanuel Mounier (1940-1947)
», Bulletin des amis d’Emmanuel Mounier, n° 39, Paris,
avril 1972.
26. Erich Fromm, Escape from freedom, Farrar & Rinehart,
1945.
27. Carl Friedrich et Zbigniew Brzezinski, Totalitarian dictatorship
and autocracy, Harvard University Press, Cambridge, 1956. Sur la question
du totalitarisme, le livre de Hannah Arendt, The Origins of Totalitarism,
publié en 1951, est infiniment plus pertinent par la profondeur
de sa réflexion philosophique sur le politique.
28. Victor Serge, « Les forces démocratiques en URSS »,
1945, in Le nouvel impérialisme russe. L’Europe au carrefour
: renaissance ou totalitarisme, Cahiers Spartacus mensuels n° 13,
janvier 1947, p. 33.
29. Vadim Dam’e et Ja. S. Drabkin, « Le phénomène
totalitaire », in Marc Ferro, Nazisme et communisme. Deux régimes
dans le siècle, coll. Pluriel, Hachette Littératures,
Paris, 1999, p. 167-179. (Traduction partielle d’un article de l’ouvrage
dirigé par Drabkin et Komolova, Totalitarizm v Evrope XX. Veka
iz istorii ideologij, dvizhenij, rezhimov i ikh preodolenija, Moscou,
1996.
30. Destin d’une révolution, URSS, 1917-1937, Grasset,
Paris, 1937.
31. Léon Trotsky, La révolution trahie, 1936,
« Le socialisme a démontré son droit à la victoire,
non dans les pages du Capital, mais dans une arène économique
qui couvre le sixième de la surface du globe ; non dans le langage
de la dialectique, mais dans celui du fer, du ciment et de l'électricité
», p. 449. Dans le même ouvrage, l’auteur affirme : «
L’URSS est une société intermédiaire entre le capitalisme
et le socialisme » in Trotsky, De la révolution, Les
éditions de Minuit, Paris, 1963, p. 606.
32. Serge, op. cit., p. 319.
33. Idem, p. 323.
34. Idem, p. 319.
35. Idem, p. 322.
36. Engels, Anti-Dühring, Éditions sociales, Paris,
1971, p. 315.
37. Mémoires, p. 336.
38. Lucien Laurat (pseudonyme d’Otto Maschl, 1898-1973), Economie
dirigée et socialisation, L’Églantine, Paris-Bruxelles,
1934, p. 234-237. Laurat, dans ses Souvenirs inédits, dactylographiés
(déposés à la Bibliothèque d’histoire sociale,
Nanterre), qui courent de 1920 à 1928, mentionne à plusieurs
reprises son ami Serge, qu’il cite parfois textuellement. Voir aussi la
revue de Boris Souvarine, Est et Ouest, n° 515, septembre 1973,
« Mémoires d’un planiste (1932-1939) », p. 381-386.
39. Dans le Capital, in Marx, Œuvres I, coll. Pléiade,
Gallimard, Paris, 1967, p. 1123, on trouve cette définition du prolétaire
: « Par prolétaire, au sens économique, il faut entendre
le travailleur salarié qui produit du capital et le met en valeur
; il est jeté sur le pavé aussitôt qu'il est sans utilité
pour l'appétit de plus-value du capital. ».
40. Destin d’une révolution, p. 17 et 222. Serge note
une très forte diminution du salaire réel par la valorisation
du rouble, en 1934-1935.
41. Idem, p. 202-203.
42. Idem, p. 297.
43. Victor Serge, Économie dirigée et démocratie,
manuscrit en français, p. 4. Traduction en anglais in Revolutionary
History, vol. 5, n° 3, London, 1994, « Planned Economies
and Democracy », p. 177-196.
44. Idem, p. 4.
45. Serge, op. cit., Revolutionary History, vol. 5, n° 3,
London, 1994, p. 183.
46. Serge, « L’URSS a-t-elle un régime socialiste ? »,
Masses, Paris, 1947.
47. James Burnham, The Managerial Revolution.. What is Happening
in the World, John Day Company, New York, 1941.
48. Victor Serge, « What is Fascism? », in Partisan
Review, vol. VIII, n° 5, sept.-oct. 1941, p. 420. Cité par
Suzi Weissman, « Serge Reflects on Stalinism », in Victor
Serge, vie et œuvre d’un révolutionnaire. Actes du colloque
organisé par l’Institut de sociologie de l’Université Libre
de Bruxelles 21-22-23 mars 1991, revue Socialisme, nos 226-227,
juillet-octobre 1991, Bruxelles.
49. Bruno R(izzi), La bureaucratisation du monde (La propriété
de classe), à compte d’auteur, Paris, 1939. Reprint, 1976, par
Champ libre, Paris, sous le titre L’URSS : collectivisme bureaucratique.
La Bureaucratisation du Monde, 1e partie.
50. Dans un article publié dans la Modern Quaterly, n°
1, 1938. Pour Mattick, le capitalisme d’État ne « correspond
pas à un nouveau stade du capitalisme, mais est l’indice du déclin
du monde capitaliste. La tendance à la bolchevisation et à
la fascisation n’est que l’expression politique de la stagnation et du
déclin du système capitaliste : c’est la barbarie ».
Traduction française, « La révolution bolchevique a-t-elle
été un échec ? », in Paul Mattick, Le marxisme
hier, aujourd’hui et demain, Spartacus, Paris, Cahiers mensuels n°
123, mai-juin 1983, p. 90.
51. Victor Serge, « Socialisme et psychologie », mars 1947,
in Masses. Socialisme et Liberté, n° 11, octobre-novembre
1947, p. 17-22. Version anglaise, « Socialism and Psychology »,
in Modern Review, vol. 1, n° 3, mai 1947, p. 194-202. Traduction
en italien, Socialismo e psicologia (marzo 1947), Quaderni Pietro Tresso,
n° 20, Florence, novembre 1999.
52. Mémoires, p. 406.
53. Serge, « Socialisme et psychologie », op. cit., p.
22.
54. Lettre à ses amis parisiens, premier février 1933,
citée in Mémoires, p. 305-306.
55. Victor Serge, « Socialisme et psychologie », mars 1947,
in Masses. Socialisme et Liberté, n° 11, octobre-novembre
1947, p. 20.
56. « La liberté pour les seuls partisans du gouvernement,
pour les seuls membres d'un parti – aussi nombreux soient-ils – ce n'est
pas la liberté. La liberté, c’est toujours au moins la liberté
de celui qui pense autrement. Non pas en vertu du fanatisme, de la "justice"
mais parce que tout ce que la liberté comporte d’instructif, de
salutaire et de purifiant dépend de ce principe et cesse d’être
efficace lorsque la ‘liberté’ devient un privilège »,
in Rosa Luxemburg, Œuvres I (écrits politiques 1917-1918),
« La Révolution russe », p. 82-83, Maspéro, Paris,
1969 (présentation et traduction nouvelle de Claudie Weill).
57. « Les forces démocratiques en URSS », 1945,
p. 33, in Le nouvel impérialisme russe, janvier 1947.
58. Victor Serge, « Socialisme et psychologie », mars 1947,
in Masses. Socialisme et Liberté, n° 11, octobre-novembre
1947, p. 20.
59. Rosa Luxemburg, « Espoirs déçus », Die
Neue Zeit, 1903-1904, n° 2, publié en français sous
le titre « Masses et chefs », in Marxisme contre dictature,
Cahiers Spartacus n° 7, juillet 1946, p. 37.
60. Socialisme et psychologie, p. 21.
61. Victor Serge, « What is fascism ? », in Partisan
Review, vol. VIII, n° 5, sept.-oct. 1941, p. 420-421.
62. Bill Marshall, « Victor Serge et la "pensée 68" »,
p. 455, in Victor Serge, vie et œuvre d’un révolutionnaire,
op. cit. Actes du colloque organisé par l’Institut de sociologie
de l’Université Libre de Bruxelles 21-22-23 mars 1991, revue Socialisme,
nos 226-227, Bruxelles, juillet-octobre 1991.
63. Raoul Vaneigem, Déclaration des droits de l’être
humain. De la souveraineté de la vie comme dépassement des
droits de l’homme, Le Cherche Midi, Paris, 2001, p. 7-8 : «L'histoire
des libertés accordées à l'homme n’a cessé
de se confondre, à ce jour, avec l'histoire des libertés
accordées par l'homme à l'économie… Les droits
de l'homme ne sont les ampliations particulières d'un droit unique,
celui de survivre à la seule fin de travailler à la survie
d'une économie totalitaire, qui s’est imposée mensongèrement
comme seul moyen de subsistance de l’espèce humaine… A mesure que
l’économie d'exploitation a étendu son emprise totalitaire
au monde entier, elle a atteint à un mode de survie autonome, que
la reproduction du capital spéculatif suffit à lui assurer
et qui suggère qu’à la limite elle peut se passer des hommes…
»
64. Maximilien Rubel, ‘Utopie et révolution », 1965, in
Marx
critique du marxisme, Petite bibliothèque Payot, Paris, 1974,
p. 424 : « Le socialisme n’est une nécessité
historique que dans la mesure où il est pensé et voulu comme
exigence éthique. »
Bibliographie succincte
Richard Greeman, Victor Serge: The Making of a Novelist, 1890-1928,
thèse, Columbia University, 1968.
W.J. Marshall, Ideology and Literary Expression in the Works of
Victor Serge, thèse, Wolfson College, Oxford University, 1984.
Victor Serge, vie et œuvre d’un révolutionnaire. Actes
du colloque organisé par l’Institut de sociologie de l’Université
Libre de Bruxelles 21-22-23 mars 1991, revue Socialisme, nos 226-227, Bruxelles,
juillet-octobre 1991.
W.J. Marshall, Victor Serge : the Uses of dissent, New York et Oxford,
Berg, 1992.
Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français.
"Le Maitron", éditions de l'Atelier, Paris, CD-Rom, 1997, biographie
de Victor Serge, par Jean Rière, Michel Dreyfus et Nicole Racine.
Critique, Journal of Socialist Theory n° 28-29, Glasgow,
1997, « The ideas of Victor Serge : a Life as a Work of Art»,
Suzi Weissman, editor.
Susan Weissman, Victor Serge. The Course is set on Hope, Verso,
London – New York, 2001.
Edición digital de la Fundación Andreu Nin, marzo
2002