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ANDREU NIN


La solidarité: Remède possible à la maladie communitariste de la gauche?

Richard Greeman

Chronique  « Le Monde est ma patrie »  du 15 nov. 2005
 
Comment sortir de l’impasse actuelle où nos mouvements de gauche se divisent et se déchirent sur la question épineuse du ‘communitarisme’ ? Comment sortir du piège où il faut choisir entre la barbarie médiévale et la barbarie capitaliste ?

Les ennemies de nos ennemis

D’une part, nous nous trouvons confronté/es à la barbarie capitaliste incarnée par l’impérialisme américain, avec son idéologie chrétienne intégriste, sa politique belliqueuse et son capitalisme libéral prédateur. Il représente le ‘principal danger’ au monde – aux yeux de la majorité des européen/nes  (et non seulement de la gauche alter-mondialiste). D’autre part, nous voyons la montée de son principal adversaire dans le monde actuel -- l’Islam politique avec son idéologie totalitaire théocratique, son organisation féodale patriarchale et son prosélytisme agressif et violent.

En Irak (comme en Afghanistan et ailleurs) l’Islam politique agresse, viole et assassine les femmes non-voilées et détruit les institutions laïques et démocratiques (syndicats ouvriers, écoles, cliniques). Par contre en Europe, il commence à installer son autorité dans les communautés d’immigrés en même temps qu’il fait la cour à la gauche anti-raciste avec un discours multiculturel. Malin, il ferme le bec à ses critiques en les accusant d’ « Islamophobie ».  Pire encore, autour du Forum Social il a conclu une alliance avec des soi-disant ‘socialistes’ qui croient instrumentaliser l’Islamisme (anti-impérialiste parce que réactionnaire) aux fins de ‘la révolution’. Ces ‘socialistes’ désignent les ennemis de nos ennemis comme nos amis, prônent le ‘féminisme islamique’ et chantent la ‘Résistance’ héroïque des milices islamiques (naguère financées par la CIA, aujourd’hui massacreurs de civils).

Limites du négativisme

Comment combattre ces deux fléaux en même temps ?  Bien sûr, il faut être ‘vigilent/es’ comme le recommande Caroline Fourest, l’auteur de Frère Tariq. Mais on a beau reconnaître, documenter et analyser ce phénomène, si nos interventions se limitent à des dénonciations, des outings, des exclusions et des scissions dans nos mouvements, notre rôle reste purement négatif. Or, on ne construit pas un mouvement en combattant un négatif avec un négatif, au nom d’abstractions contestées comme ‘la laïcité,’ ‘la république’ et ‘le féminisme’. Pour être constructif, il faut montrer aux gens que nous sommes pour quelque chose de concret : par exemple, la solidarité. Pas la solidarité comme abstraction mais en défendant activement les femmes en lutte en Irak (et en Afghanistan) qui demandent urgement notre aide.
Tous les jours nos sœurs d’Irak combattent le gouvernement fantoche de l’occupant impérialiste qui veut leur imposer ‘démocratiquement’ le Shari’a ainsi que les Islamistes armés qui viennent les attaquer dans les cliniques, les facultés, la rue. Les aider, c’est notre devoir élémentaire d’internationalistes, de féministes, de syndicalistes, de socialistes, de démocrates et de défenseurs des droits humains. En portant haut leur cause, nous donnerons une présence, une voix à des Iraquiennes anti-impérialistes qu’on ne peut pas accuser d’Islamophobie et qui témoigneront, mieux que nous, du rôle de l’Islam politique. Voici, par exemple, Housan Mahmoud, porte-parole à Londres de l’OLFI (Organisation pour la liberté des femmes en Irak) qui est venue à Montpellier en juin 2005 invitée, entre autres, par l’AJHL (Association des Juifs humanistes et laïques) et par Soleil (Association culturelle maghrébine) :

L’appel d’une féministe iraquienne

« Ayant pendant des années joui de plus de droits que d’autres au Moyen-Orient, les femmes en Irak perdent maintenant même leurs libertés fondamentales. Le droit de choisir leurs vêtements, le droit d’aimer ou de se marier avec qui elles veulent.
Naturellement les femmes ont souffert sous Saddam. Je me suis sauvé de son régime cruel. J’ai été témoin personnellement de beaucoup de brutalité, mais l’assujettissement des femmes n’a jamais été l’objectif du parti Baath. Ce que nous voyons aujourd’hui m’inquiète profondément : une occupation effroyable et une insurrection armée islamique ouvertement réactionnaire se combinent pour plonger les Irakiens dans un nouvel âge sombre.
L’occupation a en effet ouvert la voie à cette nouvelle violence contre les femmes, tout en y ajoutant dans certains cas, sa touche personnelle. Des femmes irakiennes ont été torturées par des soldats US à Abu Ghraib et dans d’autres prisons. Le tabou social au sujet des abus sexuels est si fort dans la société irakienne que ces femmes n’auront certainement personne vers qui se tourner au moment de leur libération. D’après les autorités locales Les militants islamiques ont tué 20 femmes dans la cité du nord de Mossoul et 12 de plus à Bagdad depuis le commencement de cette année. Toutes ces victimes étaient des femmes progressistes qui espéraient un futur meilleur. Elles comprenaient trois gynécologues, deux pharmaciennes et des étudiantes.
Alors qu’un long voile noir est venu masquer les femmes, des mouvements de femme se développent pour défendre leur droit à l’égalité et à la liberté. Le 9 mars 2005, l’Organisation pour la Liberté des Femmes qui compte plusieurs centaines de femmes, a organisé une conférence afin d’unir leurs voix contre la menace du rétablissement de la Chari’a, pour se défendre contre les incessantes violences dont elles sont victimes. L’OLFI a d’ailleurs ouvert des refuges pour femmes battues ou menacées de crime d’honneur, pratique devenue courante dans le nouvel Irak « libéré ».

Il faut tisser des liens avec Housan et ses amies, les aider à porter leur message en Europe -- – avec des meetings, des collectes, des délégations, des interventions au Forum social et ailleurs. Ainsi, tout en faisant notre devoir élémentaire de solidarité, nous désarmerons les pièges de nos adversaires. Pour en savoir plus long, s.v.p. d’aller sur le site  www.solidarite-irak.fr.fm/ puis dites-moi ce que vous en pensez.

  Edición digital de la Fundación Andreu Nin, noviembre 2005

 
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