La solidarité: Remède
possible à la maladie communitariste de la gauche?
Richard Greeman
Chronique « Le Monde
est ma patrie » du 15 nov. 2005
Comment sortir de l’impasse actuelle où nos mouvements de gauche se
divisent et se déchirent sur la question épineuse du ‘communitarisme’
? Comment sortir du piège où il faut choisir entre la barbarie
médiévale et la barbarie capitaliste ?
Les ennemies de nos ennemis
D’une part, nous nous trouvons confronté/es à la barbarie capitaliste
incarnée par l’impérialisme américain, avec son idéologie
chrétienne intégriste, sa politique belliqueuse et son capitalisme
libéral prédateur. Il représente le ‘principal danger’
au monde – aux yeux de la majorité des européen/nes (et
non seulement de la gauche alter-mondialiste). D’autre part, nous voyons
la montée de son principal adversaire dans le monde actuel -- l’Islam
politique avec son idéologie totalitaire théocratique, son
organisation féodale patriarchale et son prosélytisme agressif
et violent.
En Irak (comme en Afghanistan et ailleurs) l’Islam politique agresse, viole
et assassine les femmes non-voilées et détruit les institutions
laïques et démocratiques (syndicats ouvriers, écoles,
cliniques). Par contre en Europe, il commence à installer son autorité
dans les communautés d’immigrés en même temps qu’il fait
la cour à la gauche anti-raciste avec un discours multiculturel. Malin,
il ferme le bec à ses critiques en les accusant d’ « Islamophobie
». Pire encore, autour du Forum Social il a conclu une alliance
avec des soi-disant ‘socialistes’ qui croient instrumentaliser l’Islamisme
(anti-impérialiste parce que réactionnaire) aux fins de ‘la
révolution’. Ces ‘socialistes’ désignent les ennemis de nos
ennemis comme nos amis, prônent le ‘féminisme islamique’ et
chantent la ‘Résistance’ héroïque des milices islamiques
(naguère financées par la CIA, aujourd’hui massacreurs de civils).
Limites du négativisme
Comment combattre ces deux fléaux en même temps ? Bien
sûr, il faut être ‘vigilent/es’ comme le recommande Caroline
Fourest, l’auteur de Frère Tariq. Mais on a beau reconnaître,
documenter et analyser ce phénomène, si nos interventions se
limitent à des dénonciations, des outings, des exclusions et
des scissions dans nos mouvements, notre rôle reste purement négatif.
Or, on ne construit pas un mouvement en combattant un négatif avec
un négatif, au nom d’abstractions contestées comme ‘la laïcité,’
‘la république’ et ‘le féminisme’. Pour être constructif,
il faut montrer aux gens que nous sommes pour quelque chose de concret :
par exemple, la solidarité. Pas la solidarité comme abstraction
mais en défendant activement les femmes en lutte en Irak (et en Afghanistan)
qui demandent urgement notre aide.
Tous les jours nos sœurs d’Irak combattent le gouvernement fantoche de l’occupant
impérialiste qui veut leur imposer ‘démocratiquement’ le Shari’a
ainsi que les Islamistes armés qui viennent les attaquer dans les
cliniques, les facultés, la rue. Les aider, c’est notre devoir élémentaire
d’internationalistes, de féministes, de syndicalistes, de socialistes,
de démocrates et de défenseurs des droits humains. En portant
haut leur cause, nous donnerons une présence, une voix à des
Iraquiennes anti-impérialistes qu’on ne peut pas accuser d’Islamophobie
et qui témoigneront, mieux que nous, du rôle de l’Islam politique.
Voici, par exemple, Housan Mahmoud, porte-parole à Londres de l’OLFI
(Organisation pour la liberté des femmes en Irak) qui est venue à
Montpellier en juin 2005 invitée, entre autres, par l’AJHL (Association
des Juifs humanistes et laïques) et par Soleil (Association culturelle
maghrébine) :
L’appel d’une féministe iraquienne
« Ayant pendant des années joui de plus de droits que d’autres
au Moyen-Orient, les femmes en Irak perdent maintenant même leurs libertés
fondamentales. Le droit de choisir leurs vêtements, le droit d’aimer
ou de se marier avec qui elles veulent.
Naturellement les femmes ont souffert sous Saddam. Je me suis sauvé
de son régime cruel. J’ai été témoin personnellement
de beaucoup de brutalité, mais l’assujettissement des femmes n’a jamais
été l’objectif du parti Baath. Ce que nous voyons aujourd’hui
m’inquiète profondément : une occupation effroyable et une
insurrection armée islamique ouvertement réactionnaire se combinent
pour plonger les Irakiens dans un nouvel âge sombre.
L’occupation a en effet ouvert la voie à cette nouvelle violence contre
les femmes, tout en y ajoutant dans certains cas, sa touche personnelle.
Des femmes irakiennes ont été torturées par des soldats
US à Abu Ghraib et dans d’autres prisons. Le tabou social au sujet
des abus sexuels est si fort dans la société irakienne que
ces femmes n’auront certainement personne vers qui se tourner au moment de
leur libération. D’après les autorités locales Les militants
islamiques ont tué 20 femmes dans la cité du nord de Mossoul
et 12 de plus à Bagdad depuis le commencement de cette année.
Toutes ces victimes étaient des femmes progressistes qui espéraient
un futur meilleur. Elles comprenaient trois gynécologues, deux pharmaciennes
et des étudiantes.
Alors qu’un long voile noir est venu masquer les femmes, des mouvements de
femme se développent pour défendre leur droit à l’égalité
et à la liberté. Le 9 mars 2005, l’Organisation pour la Liberté
des Femmes qui compte plusieurs centaines de femmes, a organisé une
conférence afin d’unir leurs voix contre la menace du rétablissement
de la Chari’a, pour se défendre contre les incessantes violences dont
elles sont victimes. L’OLFI a d’ailleurs ouvert des refuges pour femmes battues
ou menacées de crime d’honneur, pratique devenue courante dans le
nouvel Irak « libéré ».
Il faut tisser des liens avec Housan et ses amies, les aider à porter
leur message en Europe -- – avec des meetings, des collectes, des délégations,
des interventions au Forum social et ailleurs. Ainsi, tout en faisant notre
devoir élémentaire de solidarité, nous désarmerons
les pièges de nos adversaires. Pour en savoir plus long, s.v.p. d’aller
sur le site www.solidarite-irak.fr.fm/ puis dites-moi ce que vous en
pensez.