Richard Greeman
Le Monde est ma patrie:
chronique du 22 décembre 2006
Je reviens de six semaines aux Etats-Unis avec l’impression d’un pays qui
se réveille et cherche à sortir de l’impasse. Le 7 novembre,
électeurs (et surtout les électrices) américain/es ont
infligé un puissant vote de défiance au régime néolibéral
de Bush. L’électorat a fini par dire NON à la guerre d’Iraq
que Bush a imposée par des mensonges et qu’il a perdue par incompétence.
Enfin les grands médias sortent du déni et les hommes politiques
se demandent ouvertement comment sortir de ce bourbier. Le problème,
c’est qu’ils ne trouvent pas de solution.
Comme nous nous efforcerons de l’expliquer dans cette analyse, le gouvernement
des Etats-Unis ne peut choisir aucune des options proposées par la
gauche, le centre et la droite sans provoquer de crise généralisée.
Car chacune – du ‘sauve qui peut’ de la gauche, à la ‘sortie gracieuse’
du centre, au ‘tenir le cap’ de la droite et à la ‘fuite en avant’
(vers la guerre contre l’Iran) prônée par les ultras près
de Bush – serait désastreuse pour les intérêts de l’impérialisme
américain déjà affaibli. Car cette superpuissance surestimée
se trouve en même temps confrontée à d’autres crises graves
: entre autres la montée des mouvements populistes anti-américains
en Amérique latine, la montée de rivaux commerciaux capitalistes
comme l’Europe et la Chine, la montée d’une dette interne et externe
insupportables, la désillusion de l’électorat américain
et la montée (encore hésitante) de mouvements populaires objectivement
anticapitalistes aux Etats-Unis même. C’est dans ce contexte que nous
analyserons d’abord la nouvelle majorité américaine et puis
son influence sur la crise irakienne.
Le grand ‘Non’ des électeurs populaires
Commençons par la défaite de la droite aux Législatives
de décembre 2006. Il s’agit d’une véritable vague de fond. Les
médias n’ont pas insisté, mais la marge des pertes républicaines
aux Législatives (souvent de 45% contre 55%) était énorme
par rapport aux élections récentes -- souvent décidées
par une marge de moins de 0,05. Ajoutons à ces grosses majorités
démocrates les milliers sinon des millions de suffrages qui manquaient
suite au système de fraude électorale républicaine instauré
depuis leurs huit années au pouvoir. Le Parti républicain a
donc profité de ses manipulations (légales) des circonscriptions
ainsi que du truquage des nouvelles machines informatisées qui ne laissent
pas de trace papier, d’électeurs démocrates rayés des
listes, de l’intimidation des électeurs et de ingénieux manquements
et pannes de machines dans les quartiers de pauvres (noirs, hispaniques) et
de ‘libéraux.’ La défaite républicaine fut donc d’un
NON massif -- aussi significatif que celui des électeurs français
et néerlandais envers la Constitution européenne néolibérale…
et aussi difficile à exploiter.
Le cynisme des Démocrates
Pour le moment, ce sont les Démocrates qui en profitent, sans
grand mérite. A quelques exceptions près, ils n’ont pas osé
s’opposer à une guerre désastreuse lancée à partir
de mensonges, rejetée aujourd’hui par 70% des américain/es.
La guerre était la première préoccupation des électeurs
selon les sondages de sortie des urnes le 7 novembre, sujet sur lequel le
Parti démocrate n’avait pas grand’ chose à dire.. En revanche,
il a beaucoup parlé de la corruption politique -- très embarrassante
pour les Républicains impliqués dans de nombreux scandales avec
les lobbys et deuxième grande préoccupation des électeurs.
Là les Démocrates, se présentant comme ‘probes,’ ont
battu hautement le tambour électoral en faveur de la Réforme
des soutiens financiers (légaux et incontrôlés) offerts
aux candidats par les lobbies.
Le lendemain de leur ‘victoire,’ volte-face. Les représentants des
lobbies se sont rués chéquiers à la main sur la nouvelle
majorité siégeant à la gauche des Chambres. En quelques
semaines les Démocrates avaient enterré presque tous les projets
de loi sur la Réforme des pots de vin qui resteront légaux et
exclus de toute surveillance officielle afin d’en profiter. Plus question
de réforme, les mêmes sinistre lobbies (armements, pétrole,
pharmacie, agro-alimentaire, banque) vont financer la majorité démocrate
du Congrès, comme auparavant l’était la républicaine,
afin d’imposer leurs intérêts en lui (littéralement !)
dictant les projets de loi et de budget les concernant. Comme l’écrivait
dit Mark Twain il y a déjà un siècle « Le Congrès
est composé des hommes les meilleurs que l’argent puisse acheter. »
La base électorale des Démocrates
Après cette volte-face cynique, même les électeurs qui
avaient gardé quelques illusions concernant les Démocrates se
sont détrompés. D’ailleurs, la plupart n’avaient pas voté
pour la “gauche” mais contre la guerre qui continue à dévorer
les enfants, les finances et les libertés américaines au profit
des capitalistes-copains comme Haliburton; ils ont voté contre un régime
ultralibérale caractérisé par l’indifférence devant
les souffrances des victimes de l’ouragan Katrina. D’ailleurs, la démographie
de la base électorale ‘démocrate’ ressemble assez précisément
à celle de la population sinistrée de la Nouvelle Orléans
avec laquelle elle s’identifie.
Selon les sondages démographiques réalisés à
la sortie des urnes (exit polls) l’électorat démocrate est composé
principalement de gens pauvres: de noirs, d’ hispaniques et d’autres immigrés,
de jeunes et de retraités, de femmes et de syndiqués. Les Républicains
ne reçoivent que de 10% à 35% des suffrages chez ces
minorités défavorisées, majoritaires dans la classe
ouvrière américaine, donc dans le pays. Face à un néolibéralisme
autrement plus féroce que celui qu’on connaît en Europe, les
revendications de cette base électorale populaire sont très
basiques. Cette base réclame une augmentation du salaire minimum national
-- fixé depuis longtemps à 3,91€ de l’heure ( !) ; elle attend
la création d’un système de santé sociale comme en France
et au Canada (près de la moitié n’ont aucune couverture médicale)
; elle exige un statut légal pour les millions de travailleurs immigrés
sans papiers qui affluent dans les syndicats ; elle demande des crédits
pour les écoles, les crèches et les villes qui périclitent
; surtout elle veut la démocratisation du système de représentation
qui favorise les riches avec d’énormes subventions aux industries
en n’imposant que les salariés (Sous les Républicains, l’imposition
des grandes fortunes est devenue minimale).
Du changement chez les riches
Hélas, le Parti démocrate, dépendant des lobbies et
du grand capital, ne va pas satisfaire aux revendications de ses électeurs
d’en bas qui le soutiennent à fond, faute de mieux. Toujours selon
les sondages du 7 novembre, les Républicains n’ont reçu que
de 10% à 35% de leurs suffrages. En revanche, les Républicains
restent encore majoritaires (52% contre 48%) chez les électeurs blancs
(80% de la population) et chez les gens aisés (les 23% de la population
qui gagne plus de €80.000 par an). Mais il y a eu un changement
important depuis 2004 : un nombre considérable de vrais riches (plus
de 130.000€) a changé de camp et s’est prononcé en faveur
du Parti démocrate. C’est leur argent qui a assuré la défaite
républicaine : aux EU les publicités télévisées
sont très chères, et les grands médias favorisent la
droite.
Pourquoi ces transfuges (et transfusions de fonds !) depuis deux ans ? Les
bourgeois intelligents (surtout sur les deux Côtes) comprennent que
Bush a déjà accompli sa mission en ce qui concernent leurs
intérêts financiers. Sous Bush, l’écart entre riches et
pauvres est redevenu égal à celui connu en 1929, l’état-providence
a été presque complètement démantelé, les
impôts et autres entraves au capital ont été minimisés.
Le néolibéralisme ne peut donc pas aller plus loin. En revanche,
certains riches ont compris que ça commence à gronder par en
bas et que la guerre d’Irak est devenue trop onéreuse. Enfin, ces bourgeois
cultivés détestent Bush, clown odieux, inculte et incompétent.
C’est l’heure de changer d’équipe : cette fameuse alternance démocratique
qui permet à la bourgeoisie américaine de berner les électeurs
populaires par l’illusion d’un changement.
En attendant les présidentielles de 2008, Bush reste au pouvoir et
la situation militaire en Irak (et en Afghanistan) se détériore
de jour en jour laissant l’impérialisme américain de plus en
plus haï et isolé. Est-ce que cette vague de fond électorale
de novembre va provoquer une nouvelle orientation de la politique étrangère
Etats-unienne ? Nous nous efforcer de répondre à cette question
dans notre prochaine chronique.
Un Nouveau Cours en Irak?
Que sera l’effet de la vague de fond électorale aux Législatives
de novembre 2006 sur le cours de la guerre en Irak? Le lendemain de la défaite
de son parti aux législatives, Bush a dû faire une concession
en sacrifiant comme bouc émissaire son Secrétaire à la
Défense, partisan de la victoire à outrance. En effet,
cela faisait longtemps qu’on demandait la tête de l’arrogant Bureau-maréchal
Von Rumsfeld, architecte de cette marche à la folie en Irak. Mais si
la Maison Blanche est obligée d’avouer enfin qu’il y a au moins ‘un
problème’ en Irak (alors que la guerre est définitivement perdue),
il n’est pas certain que Bush et son entourage acceptent de changer leur
politique belliqueuse.
Pourtant, la prestigieuse commission Baker recommande urgemment l’application
d’un nouveau cours «dans les prochains jours, semaines et mois. »
Le Rapport Baker avoue que lancer cette guerre avait été une
erreur de la part de l’administration Bush. Il reconnaît publiquement
que l’Irak est devenu un bourbier où l’Armée états-unienne
s’enlise et se perd, que l’occupation sert de foyer pour le terrorisme anti-américain,
que les Etats-Unis s’isolent dangereusement dans le monde arabe, et qu’il
n’y a pas de solution militaire au problème. «Si on avait eu
un tel rapport au moment du Vietnam, » remarqua David Gergen , vieux
conseilleur cynique de la Maison Blanche sous les régimes républicain
et démocrate, « on aurait pu économiser beaucoup de vies.
»
Un désastre prévisible
Hélas, en 2002 quand Bush préparait son invasion aux applaudissements
unanimes des média et des deux parties politiques, toute référence
à la guerre du Vietnam était exclue comme politiquement incorrecte.
Pourtant, l’analogie était valable le désastre prévisible.
Comme nous l’avons écrit ici le 2 avril 2003 au moment de l’invasion
: « Evidemment, la majorité des irakiens veulent se débarrasser
de la dictature de Saddam Hussein et de sa Gestapo, le Parti Baathiste. Mais
pas pour le remplacer par une dictature militaire anglo-américaine.
… Ajoutons que ce sont des Musulmans qui protègent leurs foyers contre
d’arrogants envahisseurs Chrétiens, et on comprend que l’Armée,
les milices et les guérillas irakiennes vont se servir de ces caches
d’armes légères [planquées par Saddam les derniers jours]
d’abord pour défendre leurs villes et puis, après leur inévitable
défaite, pour résister contre l’occupation par l’Armée
de Bush. »
Sauve qui peut?
Quatre ans plus tard, l’unique solution réaliste – que le Rapport
Baker suggère mais n’ose pas mettre ouvertement en avant – c’est le
sauve qui peut (cut and run). Seuls les militants de gauche et quelques élus
démocrates ont le courage de réclamer un départ immédiat.
Encore, la ‘sortie gracieuse’ est une illusion utopique. Les insurgés
ne vont pas s’abstenir de sévir sur les troupes sortant en déroute.
Quant aux quatre énormes bases américaines ‘endurantes’ (euphémisme
pour ‘permanentes’) en Irak, on n’ose pas parler de les démanteler.
Ce n’est pas une ‘bonne’ solution, car les conséquences en seraient
terribles de massacres, surtout pour les Irakiens ‘libérés’
par les Etats-Unis. Déjà plus de 100,000 ont été
tués, et leur la démocratie irakienne est morte de la maladie
du vacher fou importée d’Amérique. Mais toutes les alternatives
de la débandade seraient pires et ne feraient que prolonger le mal.
Neuf irakiens sur dix exigent la fin de l’occupation incapable de protéger
la population civile brutalisée par les soldats anglo-américains
qui ne distinguant plus entre combattants insurgés et citoyen pacifiques.
Les Etats-Unis sont de plus en plus haïs dans la région.
La Commission de Papa a donc sommé Junior de retirer ses troupes
et de faire la paix en direct avec l’Iran et la Syrie avant la fin de 2008
(date des prochaines présidentielles). A mon avis, l’accomplissement
de ce scénario représentera une trop grosse humiliation (publique
et privée) pour être acceptable par Bush II qui avait déclaré
la guerre à l’Axe du Mal (au défi de son père) et qui
avait amerri son jet sur un porte-avion pour déclarer ‘Mission accomplie’
en Irak. Après tout, c’est lui, Junior, avec son Vice-président
Cheney et leur équipe de néo-cons (ultralibéraux) qui
commande encore. Et loin d’accepter le ‘redéploiement stratégique’
des forces armées américaines hors d’Irak prôné
par la Commission Baker, la Maison Blanche discute avec le Pentagone de nouvelles
transfusions de vingt ou de cinquante mille soldats.
Peu importe que ce sont des milliers de soldats dont Bush ne dispose pas.
« Il n’y a réellement pas de troupes additionnelles à
y envoyer » a déclaré Colin Powell, ex-Général
victorieux de la Guerre d’Irak de Bush I et ancien Secrétaire d’Etat
de Bush II. Il s’agirait donc de prolonger le service des troupes –
démoralisées et surmenées -- déjà engagées.
Après plus de 3.000 soldats morts, des dizaines de milliers de blessés
et on ne sait pas combien de désertions, ce n’est pas une solution.
Toujours selon Powell, l’Armée américaine est « cassée.
» Cette armée lite résulte d’une autre bêtise de
Rumsfeld et Cheney qui voulaient en même temps faire la guerre à
un grand pays et économiser sur le nombre des soldats afin de ‘moderniser’
l’Armée en achetant des armes de terreur hi-tech chez leurs copains
capitalistes fabricants d’armes.
D’autres solutions irréalistes
Le Rapport Baker n’est non moins irréaliste, puisqu’il se base sur
trois suppositions utopiques. 1° Il suppose la dissolution des milices
sectaires sur lesquels se basent le pouvoir de tous les partis irakiens –
Sunnites, Baathistes, et Shiites (ceux-ci divisés en plusieurs factions).
Impossible que les uns se démobilisent avant les autres. 2e Il suppose
qu’on peut ‘professionnaliser’ les milices et les ‘intégrer’ à
une Armée nationale, d’ailleurs imaginaire. : on ne réussi
qu’à les mieux entrainer et à leur donner des armes et uniformes
qui servent de couverture à des attaques criminelles contre la population
civile et les forces de l’Occupation. 3e Le Rapport suppose un futur Irak
uni et gouvernable, alors qu’on n’ a pas mis en place un véritable
état central et que les régions Kurde, Shiite, et Sunnite –
réunies artificiellement par l’impérialisme anglais en 1919
– ne veulent pas rester ensemble !
L’Empire Etatsunien dans l’impasse
Donc pas de sortie facile de ce bourbier où l’Empire américain
affaibli s’est enlisé dans sa tentative de dominer le monde par sa
seule puissance militaire. En revanche, politiquement rien n’empêche
Bush II de ‘tenir le cap’ en Irak deux ans encore en jouant la carte de l’Irakisation
du conflit comme ont fait Nixon-Kissinger pendant plusieurs années
avec leur Vietnamisation. Ainsi, le Président républicain pourra
laisser un cadeau empoisonné à celui ou celle – vraisemblablement
un/e démocrate -- qui lui succèdera à la Maison blanche
en janvier 2009. Et les Démocrates, en dépit de l’opinion publique
anti-guerre et de la sanction du Rapport Baker, n’oseront pas prendre une
position ferme contre la guerre d’Irak – de peur des accusations républicaines
de « tirer dans le dos des troupes » et d’avoir « perdu
la guerre » par lâcheté et manque de patriotisme.
Les dominos vont tomber
Comment donc les Etats-Unis vont-t-ils sortir du bourbier vietnamien ? Excusez
ce lapsus de soixante-huitarde attardé ! Je voulais dire « du
bourbier irakien. » Hélas, la crise actuelle est beaucoup plus
profonde, car le Vietnam n’avait ni pétrole ni position stratégique
centrale aux intérêts de l’impérialisme américain.
Et si l’Armée américaine meurtrie et démoralisée
a mis environ vingt ans à rétablir sa capacité de combat,
les fameux ‘dominos’ ne sont pas tombés aux mains de l’empire du Mal
communiste.
Il en est autrement en Irak, quoique les dominos qui tomberont vont profiter
à un Axe du Mal plutôt pluraliste. Les régions shiites
d’Irak tomberont sous l’influence de l’Iran shiite, qui deviendrait la mini
superpuissance dominante du Moyen Orient. (Ironie : c’est pour empêcher
cette domination iranienne que l’impérialisme américain a soutenu
et armé Saddam Hussein pendant les cinq années de sa guerre
sanglante contre les Ayatollahs). La région kurde de l’Irak a déjà
déclaré son autonomie et saura la défendre, ce qui pourrait
entrainer un conflit avec la Turquie, dont les régions kurdes rebelles
cherchent aussi l’autonomie. Les Sunnites, minoritaires mais dominants sous
le régime baathiste de Saddam, vont s’accrocher à l’Arabie saoudite
(sunnite aussi), qui déjà leur promet un soutien militaire.
Il n’est donc pas à exclure que le cancer de la guerre civile irakienne
actuelle métastase en guerre généralisée au Moyen
Orient.
La fuite en avant
Quant au gouvernement Etatsunien de Bush (au pouvoir jusqu’au début
de 2009 rappelons-le) à défaut de sortie possible de l’impasse,
il lui reste un scénario plus sombre : la fuite en avant. D’Afghanistan
en Irak et d’Irak en Iran. Les idéologues de la Maison Blanche ont
depuis longtemps ciblé l’Iran, autre pôle de l’Axe du mal, pour
un ‘changement de régime,’ et on prépare le public à
cette nouvelle phase de la « Guerre contre la terreur » -- guerre
par définition interminable. Comme pour l’Irak en 2002, Bush accuse
l’Iran de préparer des armes nucléaires et d’encourager le terrorisme
à l’étranger. Etant donné le rôle de l’Iran dans
l’armement d’Hezbollah, son refus d’arrêter son développement
nucléaire et les déclarations hystériques de son Président
à propos d’Israël et de l’Holocauste, les justifications de Bush
pour une éventuelle attaque américaine contre l’Iran en 2007
ont davantage de vraisemblance que celles qu’il avait avancées en 2002
contre l’Irak. Il ne manque qu’un causus belli pour la déclencher.
Or, le gouvernement américain n’a jamais hésité à
provoquer ou même à fabriquer des incidents comme prétexte
pour faire la guerre -- par exemple l’attaque fantôme vietnamien contre
un navire de guerre américain dans la Baie de Tonkin exploitée
par le Président Johnson (originaire de Texas) pour obliger le Congrès
à autoriser la guerre du Vietnam. Quarante ans plus tard,
nous avons de nouveau un Sheriff du Texas à la tête des armées
américaines enlisés dans un bourbier, et celui-ci n’a rien a
perdre car en tant que Président sortant il n’est pas rééligible
en 2008 (à défaut de coup d’état contre la Constitution).
George Bush II est donc un élément incontrôlable -- un
véritable canon délié lâché sur le pont
du navire de l’état américain. Voilà ce qui explique
la tentative inouïe de Papa Bush et de l’Establishment représentés
par la Commission Baker pour freiner le bellicisme des idéologues de
la droite radicale au pouvoir. Il s’agit d’empêcher le vacher fou de
la Maison blanche de lancer les Etats-Unis dans une nouvelle aventure désastreuse.
Que faire?
Hélas, en cas d’un ‘incident’ avec l’Iran monté ou provoqué
par Bush (par exemple un soldat américain « kidnappé »),
les Démocrates ne pourraient jamais résister à une ruée
vers la guerre contre les Ayatollahs. Seul le peuple américain, maintenant
désabusé des mensonges du régime et de la perfidie des
démocrates, pourra arrêter la course à la guerre permanente
– en se battant pour un renouvellement de la démocratie et des
libertés civiles américaines, c'est-à-dire pour un véritable
changement de régime (et non seulement de parti) à Washington.
En attendant, que faire ? Certains ‘anti-impérialistes’ occidentaux
primaires nous incitent à soutenir la ‘Résistance’ des milices
islamiques réactionnaires et brutales. Mais ces ennemis de nos ennemis
ne sont pas nos amis, encore moins ceux de la population civile d’Irak elles
assassinent dans leurs querelles sectaires. Pour moi, il faut avant
tout se solidariser avec les femmes, les syndicalistes et les démocrates
laïques iraquiens, persécutés par les Islamistes et les
occupants en même temps. Je connais des féministes irakiennes
qui construisent des centres d’accueil pour femmes violées et traquées,
j’ai rencontré des représentants de 30.000 travailleurs irakiens
qui se syndiquent et défendent leur lieux de travail contre occupants
et milices. Ils demandent notre aide. Je vous invite, chers lecteurs et lectrices,
à sortir vos cartes bancaires, à cliquer sur leur site et à
donner aussi généreusement que vous le pouvez :
http://www.solidariteirak.org