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ANDREU NIN

L’Election de Bush: Questions et réponses (I)

Richard Greeman


Chronique : « Le Monde est ma patrie »  (le 9 novembre 2004)


Q. Que signifie le résultat des élections états-unisiennnes ?
R. Il signifie qu’étant donné le choix entre deux candidats millionnaires impérialistes pro-guerre, il est peu surprenant qu’un candidat millionnaire impérialiste pro-guerre ait été élu.

Q. Alors que signifient les 58 millions qui ont voté Bush ?
R. Qu’environ un quart des électeurs (abstentions comprises) sont suffisamment fanatisés, bernés, ou intéressés pour soutenir Bush -- malgré ses mensonges sur les ADM et les liens Saddam-ben-Laden, malgré l’enlisement en Irak. Rien de surprenant en cela, non plus. Encore, faut-il se rappeler que si un quart de l’électorat potentiel a voté Bush, nous sommes trois quarts des Américain/es qui n’ont pas voté Bush et que nos soucis et nos intérêts n’étaient ébauchés par aucun des deux candidats milliardaires impérialistes pro-guerre.

Q. Et les 55 millions de suffrages Democrats?
R. Cela signifie qu’il existe 55 millions états-uniens assez intelligents et sophistiqués pour voter Kerry ‘en se bouchant le nez’ afin d’arrêter Bush, que la plupart considèrent comme un fou méchant et dangereux. Très peu de ces anti-Bush ont voté  pour Kerry. D’ailleurs, cet aristocrate de Boston n’a même pas fait l’effort de courtiser l’électorat traditionnel des Democrats par les fausses promesses traditionnelles sur la paix et la justice sociale. Au contraire :

· Alors que 70% des Américains se déclaraient hostiles à la guerre d’Irak, d’ailleurs perdue d’avance, Kerry la défendait ! Pire, il voulait y envoyer davantage de troupes et osait parler de ‘victoire’ comme si le pays – et lui personnellement – n’avait pas vécu la guerre du Vietnam.
· Aux EU, la mondialisation provoque des millions de suppressions d’emploi avec ALENA, bête noire des syndicats. Kerry, néo-libéral orthodoxe, voulait l’étendre à toute l’Amérique latine.
· Bush a créé une dette nationale astronomique par des exonérations massives d’impôts en faveur des riches. Le millionnaire de Boston prônait des économies dans les services sociaux, déjà affamés.
· Les scandales Halliburton et Enron montent jusqu'à  la Maison Blanche et touchent des milliers d’Américains qui ont vu disparaître leur retraite dans les fonds de pensions escroqués. Kerry – qui a réellement les mains blanches – met des gants de gentleman et s’abstient d’attaquer Bush sur ses relations avec des escrocs comme ‘Kenny-Boy’ Lay, le PDG d’Enron, sorti indemne grâce à son ami à la Maison Blanche.
· Des millions d’Américain/es n’ont aucune couverture médicale. Les autres cotisent des sommes énormes à des compagnies privées d’assurance qui systématiquement les privent de services. Clinton s’est fait élire en 1992 sur sa (fausse) promesse d’y remédier. Kerry, inféodé aux compagnies d’assurance de la Nouvelle Angleterre, ne propose aucune solution.
· Les Américaines -- en majorité salariées et assez souvent seules responsables d’enfants en bas âge – votent en plus grand nombre que les Américains. Or, elles subissent l’inégalité des salaires, l’absence totale de crèches publiques, l’absence d’aide aux enfants pauvres (‘réforme’ de Clinton), et les menaces sur le droit à l’IVG. Clinton les ‘comprenaient’ (quitte à les tromper), et elles l’ont élu et re-élu. Kerry ne leur a pas fait le moindre vague promesse.
· Bush, le candidat ‘patriote,’ coupe les crédits des anciens combattants blessés de la guerre d’Irak. Au lieu de demander des hôpitaux, Kerry parle de ses exploits héroïques d’il y a 40 ans et se fait piéger par d’anciens ‘camarades’ du Vietnam au service des Republicans qui le mettent en doute ses médailles.

Etant donné le manque de choix, on doit féliciter les 55 millions d’Américain/es – femmes, noirs, gays, anti-guerres, syndiqués, précaires – qui, conscients et citoyens se sont mobilisés afin d’arrêter Bush. Hélas, comme Kerry ne voulaient rien leur promettre sur leurs problèmes réels, le débat a tourné autour de deux ‘questions’ favorables à Bush : le machisme et Dieu. Comme Bush réussit facilement à représenter Kerry, déjà vaguement ‘français,’ comme une femellette et un impie, ce qui lui a gagné la bataille médiatique.

Q. Quel rôle a joué la religion dans cette élection ? Quelles perspectives en sortent ?
R. Nous y répondrons demain dans notre prochain article.
 


Edición digital de la Fundación Andreu Nin,  noviembre 2004


 
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